9 • le baobab
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ལྗང་ཁུ། karma • vert
l’ordre – l’impulsion
LE BAOBAB
Avant moi, combien d’hommes sur terre ?
Mes ancêtres me ressemblaient-ils ? Qu’est-ce que je partage avec eux ?
Comment je me lie à cette « danse » ?
William et Thomas reprennent leurs esprits ; ils s’enfoncent désormais dans une jungle tropicale, dense et humide. Ils y progressent lentement. Ils ne savent s’ils se trouvent sur un territoire amazonien, asiatique ou africain, mais ils captent très distinctement les sons enchanteurs des animaux environnants : des oiseaux, des primates, des reptiles, des batraciens. Une merveille acoustique !
Puis les deux compères découvrent la savane — avec son animalité endémique : celle des lions, des girafes, des éléphants,... Les sons sont chauds, clairs, secs et foisonnants. La vie ici s'exprime selon toutes ses formes : grandes et petites, imposantes ou discrètes ; massives, dominantes ou graciles, mais adaptées. Alentours, aucun danger particulier ; si ce n'est que celui-ci résonne absolument partout !... dans la tranquillité apparente des espaces et la lenteur non-feinte des heures.
— Bonjour l’Enfant !… Veux-tu bien grimper à mon tronc et t’installer sur l’une de mes branches ?…
L ’Enfant :
— Je ne peux l’Arbre !… Tu es bien trop haut !… Quel âge as-tu ?
— Je suis plusieurs fois centenaire, et même, dans ma sève, millénaire ! Je voulais t’intégrer dans le secret de mon feuillage, et ne pas te surplomber. Mais, je dois m’y résoudre, j’échappe désormais à toute individualité animale. Plus personne ne me rejoint. Je tends vers l’Oméga… au fil des générations d’humains que je vois successivement défiler, puis passer. Généralement, ils ne m’identifient pas suffisamment comme un pilier de sagesse : la symbolique de « la leur » ; mais je ne m’en froisse pas… Je suis là. Ne leur en déplaise : ils s’accumulent en moi.
— Tu es rempli d’humains ?…
— Oui, en quelque sorte !… Je sédimente leurs acquis (les savoirs, les inconscients et les moeurs — et leurs formes associées) et je les protège de leurs destructions, souvent massives. … Des guerres qui leur créent des trous à l’âme et leur annihilent la mémoire ; des guerres qui les stressent et les dérégulent, physiologiquement et psychiquement. Les guerres affolent des « raisons de vivre » en absolue liquéfaction. Elles testent la vitalité primordiale et les valeurs pour lesquelles l’Homme est capable de se sacrifier jusqu’à donner sa vie. Les spectres déformants pressurisent les idéaux flottants : dans l’urgence, chacun s’exprime en une danse dramatique — saturée, enivrée, outrée.
— Pourquoi l’Homme se tue-t-il lui-même ?
Le Baobab soupire profondément :
— … Sans doute parce qu’il ne (com)prend pas tout. Pour grande part, dans sa vie, l’Homme se conforme à des normoses qui le rendent profondément bête, parfaitement imbécile !… Il véhicule des idées qu’il prend pour vraies, et qui ne le sont pas, en ce qu’elle ne correspondent pas au réel fondamental. Les civilisations sont, pour part, les héritières de ces projections en ce qu’elles contiennent ontologiquement de bon. Mais les civilisations, elles aussi, peuvent s’auto-détruire… à trop s’auto-glorifier dans un hégémonique miroir, à trop se durcir dans un autocratique pouvoir, et à ne pas assez s’hybrider dans le flux continu de la transformation. Le maillage ancestral avec la Nature est, par exemple, grandement délaissé… au profit d’ascendances technologiques, hors sol. Les rêves se trouvent corrompus. Le Tout progressivement se dés-unifie, au profit de fragments querelleurs.
— Dis l’Arbre… Tout va-t-il un jour prochain s’effondrer ?
— Tout est malheureusement possible… et entraînera alors la chute de la planète entière dans son lugubre sillon. Les îlots intelligents qui se forment autour de moi ne seront, je le crains, pas assez résistants. Du point de vue de la manifestation dans la forme, dans la Matière, ils se trouveront dépassés… par les Forces de l’Ego non-aligné. Le déséquilibre viendra du non-ancrage en moi, le passé, et du non-alignement en Bouddha, l’avenir — ton prochain interlocuteur, ta prochaine inspiration. Au revoir l’Enfant… Médite bien cela.
— Non, l’Arbre !… Je veux rester encore un peu auprès de toi : raconte-moi… ! Mes ancêtres étaient-ils des monstres rugueux ? ou bien seulement des princes et des princesses ?
— Tu rêves l’Enfant… dans un sens comme dans l’autre !… En fait, sur le plan subconscient, il y a largement continuité individuelle et, par conséquent, transmission transgénérationnelle. Tes ancêtres te ressemblent beaucoup : vous êtes venus avec, peu ou prou, les mêmes questions, jusqu’à présent irrésolues. Elles sont, en quelque sorte, votre signature spécifique, votre « boulet familial ». Tu portes ces questions : à toi de travailler à les faire remonter des limbes anciennes et à les éclaircir de ton intuition créatrice contemporaine, afin de les libérer des sombres oubliettes et de les éclairer à la lumière de la réconciliation. Les névroses de l’Ombre passée sont celles qui te défient aujourd’hui, avec quelques petits déplacements — entre temps, l’inconscient collectif ayant tout de même lentement « muté », au fil des (re)naissances, dans des contextes différents.
— Je ressemble à mon grand-père !
— Oui, sans doute, et pas que sur le plan physique !… En agissant pour toi-même, tu interfères toujours sur son propre bagage karmique, encore en cours d’élucidation : tu prends le relais. Toutes les entraves que tu rencontres dans l’en-cours de ta vie actuelle, telle que tu voudrais pouvoir « bien » la mener, t’apprennent à écouter ce qu’elles ont à te dire de « toi » : de ton héritage — depuis tes vies passées, et par ta lignée présente. C’est une systémie de pure « causalité » qui t’agrège aux autres personnalités de ton ascendance et à celles de ta descendance. Votre épopée parmi les Hommes est « unifiée » !
L’Enfant réfléchit.
— … Comment dois-je faire, si je le veux, pour m’extirper de cela ?
— L’antidote est à la fois simple et fastidieuse ; elle peut en effet s’étendre sur des années… Il s’agit de la « Connaissance de toi » par la psychanalyse et du « Soin de toi » par la thérapie. Ton travail d’humain.
— Oui l’Arbre, je ressens que je dois « connaître » les racines de mon existence… jusqu’à ma présence devant toi. C’est géant !…
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Vous aimez l’action qui accomplit tout — au service, au bénéfice des autres. Vous savez quoi faire, quand le faire — dans le bon timing, et vous avez accès aux ressources nécessaires. Vous n’êtes pas “visionnaire” ; vous suivez efficacement un plan et savez galvaniser les gens. Vous accomplissez les choses avec le sens de l’harmonie fondamentale. Par contre, ce qui peut sous-tendre votre énergie, c'est la paranoïa : il peut vous arriver de ne faire confiance à personne et de vouloir prendre le dessus sur les autres.
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Tout de blanc vêtu, vous progressez maintenant sur le sol empierré d’une large allée remontant aux millénaires passés. Face à vous, gigantesque : une pyramide… posée là de toute sa base, sur une verte prairie… le long d’une petite rivière. Vous entendez le bruit discret du flux galopant de l’eau vive. C’est frais. Frais dans cette atmosphère torride. Le soleil vous frappe en effet de sa chaleur extrême et ses rayons commencent déjà à vous rougir la peau. Vous marchez — chapeau de soleil sur la tête... vous marchez en direction de l’édifice — qui vous ouvre ses portes... Vous entrez alors au frais et à l’humidité. Votre voix résonne autour de vous : vous chuchotez. Là, vous pénétrer dans les anales de la Terre : toute la mémoire de vos ancêtres se trouve ici recelée — sous forme de gros livres jaunis, ou de grandes jarres emplies de trésors. Il y a des films aussi — des films de vie : d’amour ou de guerres, de bonheur ou de conflits. Que voyez-vous là ? Qu’est-ce qui défile devant vous, là exactement ? Un monde prospère, harmonieux ? Ou bien des tragédies communautaires auxquelles “les vôtres” (vos anciens) sont associés ?… Traversez bien le Temps de cet inconscient, contenu là, au fil de votre progressions dans les couloirs et les goulots des entrailles de la pyramide. Votre pyramide. Et vous choisissez de plutôt “monter” ou de plutôt “descendre” : une ascension intérieure jusqu’au sommet, ou bien un creusement intestin jusqu’aux fondations. C’est égal : tout se rejoint. Vous ne réfléchissez pas. … Vous êtes là — à parcourir les millénaires et les siècles de l’humanité naissante jusqu’à “vous” — votre temps, votre monde.
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